Lutter contre la criminalité liée aux espèces sauvages grâce à la science et à l’innovation

Notre amie du mois est Nina Scheffel, doctorante à l’université des sciences appliquées Bonn-Rhein-Sieg, en Allemagne. Ses recherches portent sur la manière dont les technologies innovantes peuvent contribuer à lutter contre la criminalité liée aux espèces sauvages. Elle est également une amie de l’EPI et soutient nos initiatives par le biais de dons annuels. Nous avons discuté avec Nina de son parcours dans le domaine de la conservation, de ses travaux de recherche et du rôle que la science peut jouer dans la protection des éléphants.

Parlez-nous de vos recherches fascinantes.
Ma passion pour la conservation est née lors d’un stage de recherche de six mois en Afrique du Sud. Ce qui n’était au départ qu’une occasion d’approfondir mes connaissances en biologie et de préparer une carrière dans l’enseignement s’est transformé en une expérience déterminante, qui m’a incité à explorer les défis liés à la protection de la faune sauvage. Parallèlement à mon métier d’enseignant dans le secondaire, je mène des recherches axées sur le développement d’une méthode mobile innovante, rapide et non destructive, permettant d’identifier l’ivoire issu des proboscidiens — un groupe de mammifères incluant les éléphants et les mammouths — afin de contribuer à la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages. Il est parfois difficile de distinguer l’ivoire d’éléphant de celui de mammouth ou de matériaux imitatifs, surtout lorsque l’ivoire a été travaillé pour créer des ornements ou d’autres objets. Bien que les méthodes d’analyse médico-légale existantes puissent fournir des résultats précis, elles sont souvent chronophages et destructives, ce qui les rend peu adaptées à une utilisation courante sur le terrain. Mes travaux étudient si la combinaison de trois technologies portatives permettrait une identification fiable sans endommager le matériau examiné. L’objectif est de mettre au point une approche pratique, susceptible d’aider les services douaniers, les forces de l’ordre et les musées à identifier plus efficacement les objets suspects, renforçant ainsi l’application des réglementations sur le commerce des espèces sauvages.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous orienter vers la conservation de la nature, et plus précisément à travailler sur les éléphants?
J’ai toujours considéré qu’il était essentiel d’être sur le terrain pour comprendre ce que signifie réellement le travail de conservation, et pour le mener en collaboration avec les populations locales, au bénéfice de celles-ci. Après avoir réussi mon second examen d’État, j’ai choisi de passer six mois au centre de recherche Mogalakwena, en Afrique du Sud, plutôt que de débuter immédiatement ma carrière d’enseignant en biologie et en arts plastiques. Je souhaitais approfondir mes connaissances en biologie, et plus particulièrement en matière de conservation, afin de pouvoir, par la suite, transmettre ces sujets à mes élèves de manière plus vivante.
Cependant, cette expérience a pris une tournure inattendue. Pendant plusieurs mois, j’ai évolué au cœur de la biodiversité remarquable de l’Afrique, aux côtés notamment d’éléphants d’Afrique. Cette période a transformé ma vision des choses et a jeté les bases de mon engagement dans la conservation, en m’amenant à réfléchir aux défis et aux opportunités liés à la coexistence entre les êtres humains et la faune sauvage. À mon retour en Allemagne, j’ai souhaité m’investir plus intensément dans ce domaine. Une conversation avec le Dr Stefan Ziegler, alors directeur du programme pour l’Asie au sein du WWF Allemagne, m’a fait découvrir les enjeux liés à la criminalité contre la faune sauvage et au commerce illégal d’ivoire. Cet échange a, en fin de compte, orienté mes recherches doctorales.

Quels progrès avez-vous réalisés jusqu’à présent?
J’ai établi des contacts avec les autorités frontalières nationales ainsi qu’avec des musées, et j’ai effectué des mesures dans sept musées à travers l’Europe. À ce jour, j’ai recueilli des données sur environ 200 défenses et objets sculptés, constituant ainsi un échantillon conséquent pour étudier l’identification de l’ivoire d’éléphant et de mammouth. Mes travaux de doctorat portent sur la manière dont la combinaison de différents outils portatifs peut contribuer à la validation croisée des résultats et à une identification plus fiable de l’espèce. Une demande de brevet a également été déposée.
Il reste encore beaucoup à faire, notamment en ce qui concerne l’analyse des données et la validation des méthodes. Les prochaines étapes consistent à constituer une base de données de référence, à développer une interface en ligne facilitant l’analyse statistique et la génération automatique de rapports, et à évaluer la possibilité de tester cette technologie dans un contexte douanier. L’objectif final est de rendre l’identification de l’ivoire plus rapide, plus accessible et plus pratique pour les acteurs qui luttent contre le commerce illégal d’espèces sauvages.

Quels défis en matière de conservation espérez-vous relever grâce à vos travaux?
Lorsque l’ivoire est transformé ou sculpté, un simple examen visuel ne suffit pas toujours à en déterminer l’origine ou à le distinguer d’autres matériaux. Une identification fiable est donc essentielle pour faire respecter les restrictions commerciales et enquêter sur des produits suspects. Mon projet vise à répondre à cet enjeu en explorant des méthodes rapides, économiques, non destructives et adaptées à une utilisation sur le terrain. Bien que mes recherches portent sur l’ivoire, je m’intéresse plus largement aux liens entre science, technologie et conservation de la biodiversité. Plus nous serons en mesure d’identifier efficacement les matériaux issus d’espèces protégées, mieux les autorités seront armées pour faire appliquer les réglementations relatives au commerce des espèces sauvages.

Qu’est-ce qui vous motive à poursuivre vos travaux de conservation parallèlement à votre carrière d’enseignant?
Je trouve gratifiant de résoudre des problèmes qui sortent de ma zone de confort, dans le but d’atteindre des objectifs environnementaux. Le fait que je mène ces activités en parallèle de mon métier d’enseignant dans le secondaire témoigne de ma motivation profonde à apporter une contribution concrète à la protection de la nature et des espèces. À l’origine, je m’intéressais à la biodiversité dans son ensemble ; le fait que mes recherches doctorales portent aujourd’hui sur les éléphants relève davantage d’une heureuse coïncidence que d’un choix délibéré. Je suis convaincu que toutes les espèces sont interconnectées ; protéger la biodiversité exige donc de comprendre ces liens et de trouver des solutions pratiques aux défis auxquels est confrontée la faune sauvage. La science nous aide à mieux appréhender le monde naturel et constitue le fondement de mesures de conservation efficaces.
Quels sont vos espoirs concernant l’avenir de la conservation des éléphants?
J’espère continuer à développer mes recherches et contribuer à l’élaboration de méthodes plus efficaces pour identifier les produits issus de la faune sauvage faisant l’objet d’un commerce illégal. Au-delà de l’ivoire, j’aimerais explorer la manière dont des approches similaires pourraient être appliquées à d’autres matériaux d’origine animale, tels que les cornes, les bois, les écailles ou encore les os. Je considère la protection de la biodiversité comme une responsabilité partagée. Le commerce de la faune sauvage est un phénomène complexe qui nécessite une réglementation adaptée, des connaissances scientifiques solides, ainsi qu’une collaboration entre différents secteurs et pays. Il est de notre devoir de trouver et de mettre en œuvre des solutions permettant de protéger les espèces menacées et de préserver la biodiversité pour les générations futures.




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