À Travers le Regard de Kipchumba Koech sur la Narration, la Conservation et le lien Humain avec la Nature
- EPI Secretariat

- il y a 3 jours
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Kipchumba Koech, photographe et réalisateur kényan primé, spécialisé dans les voyages, la faune sauvage et les documentaires, est convaincu que les récits de conservation les plus marquants sont ceux qui révèlent les liens profonds entre les populations, la faune et les paysages qu'elles partagent. Dans le cadre de notre rubrique « Ami du mois », Kipchumba revient sur son parcours, les expériences qui ont façonné sa vision et explique pourquoi le récit visuel authentique demeure l'un des outils les plus efficaces de la conservation.

Veuillez nous présenter brièvement votre travail.
À travers la photographie et la vidéo, je documente la beauté du monde naturel, la relation entre l'homme et la nature, et les histoires qui inspirent une plus grande appréciation de la faune sauvage et de sa conservation. Animé par la curiosité et une passion pour le récit authentique, je crée des récits visuels qui favorisent le lien social, la prise de conscience et un engagement accru pour la protection de notre planète.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours en photographie et en réalisation, et de ce qui vous a inspiré à utiliser le récit visuel pour connecter les gens à la nature?
Mon parcours en photographie et en réalisation a commencé bien avant que je possède un appareil photo. Enfant, j'étais captivé par les documentaires animaliers de National Geographic, en particulier Big Cat Diary, ainsi que par les récits de Sir David Attenborough. Ces films ont éveillé en moi un profond émerveillement pour la faune sauvage et le monde naturel, semant une curiosité qui ne m'a jamais quitté.
Cette curiosité a pris une nouvelle forme au lycée lorsque j'ai eu l'opportunité d'utiliser un appareil photo professionnel pour la première fois. Cela a fait naître en moi une passion pour la photographie et, sans m'en rendre compte, je me suis retrouvée constamment attirée par la nature et la faune sauvage. Ce qui avait commencé comme un intérêt créatif est peu à peu devenu un moyen d'exprimer ma vision du monde. Après l'université, j'ai eu l'opportunité de travailler comme photographe résidente dans la réserve de Maasai Mara, où j'ai été immergée dans l'un des écosystèmes les plus emblématiques d'Afrique. Vivre et travailler là-bas a transformé ma perspective. C'est dans le Mara que j'ai véritablement compris le rôle que peut jouer le récit visuel dans la conservation, non seulement en mettant en valeur la beauté du monde naturel, mais aussi en aidant les gens à comprendre pourquoi il mérite d'être protégé.

Vous avez documenté des expériences allant des côtes kényanes au Maasai Mara, en passant par des expéditions en montagne et des paysages de conservation à travers l'Afrique de l'Est. Comment ces environnements diversifiés ont-ils influencé votre perspective de conteuse?
Les environnements et les expériences que j'ai eu la chance de vivre m'ont permis de devenir une conteuse plus patiente et plus réfléchie. Ils m'ont appris à ralentir, à observer et à comprendre un lieu avant de le documenter. Que je photographie la faune sauvage dans les plaines, que je documente des communautés vivant en harmonie avec la nature ou que je capture la quiétude d'un paysage, je m'efforce toujours de raconter des histoires authentiques, respectueuses et ancrées dans leur contexte. Ces expériences ont également renforcé une leçon essentielle : la conservation ne se limite pas à la protection de la faune. Il s'agit de protéger des écosystèmes entiers et de reconnaître le rôle fondamental des populations qui y sont profondément liées. En tant que conteuse, je crois qu'il est de ma responsabilité de refléter ces liens de manière à permettre au public non seulement d'apprécier la beauté de ces lieux, mais aussi de comprendre leur importance.

Que vous photographiiez la faune sauvage, les communautés locales ou des paysages reculés, vos images dégagent une profonde sérénité. Comment parvenez-vous à instaurer la confiance et à créer des récits authentiques lorsque vous travaillez dans des environnements inconnus?
Pour moi, chaque histoire commence bien avant que je ne prenne mon appareil photo. Que je sois dans un paysage isolé ou que je rencontre une communauté pour la première fois, je crois que la confiance se construit par la patience, le respect et une curiosité sincère. Je prends le temps de m’immerger dans l’environnement, d’observer, d’écouter et de me connecter aux personnes et à la terre avant de commencer à documenter. Ralentir est devenu un élément essentiel de ma démarche. Cela me permet de comprendre le contexte d’un lieu, d’apprécier son rythme et de saisir les instants qui passent souvent inaperçus. Je crois que les histoires les plus authentiques ne naissent pas de la précipitation à prendre une photo ; elles émergent naturellement lorsque les gens se sentent à l’aise et lorsque l’on aborde chaque environnement avec humilité et respect.
Votre travail récent rappelle souvent au public que la conservation concerne autant les humains que la faune sauvage. Pourquoi pensez-vous qu’il est important de raconter des histoires qui illustrent ce lien?
Je crois que les récits de conservation les plus marquants sont ceux qui nous rappellent l'interdépendance profonde entre l'humain et la nature. Des écosystèmes sains soutiennent les moyens de subsistance, préservent les cultures et font vivre les communautés, tout comme ces dernières jouent un rôle essentiel dans la protection des paysages et de la faune sauvage qui les entourent. C'est une relation réciproque. Mes expériences à travers différentes régions d'Afrique de l'Est m'ont montré que la conservation prend tout son sens lorsque les communautés locales y participent activement, et ne se contentent pas d'en être de simples spectatrices. En mettant en lumière leurs connaissances, leur résilience et leur lien à la terre, nous dressons un tableau plus complet et plus authentique de ce qu'est réellement la conservation.

Existe-t-il une mission, une expédition ou une rencontre particulière qui a fondamentalement changé votre vision de la conservation ou du récit visuel?
Sans aucun doute, l’expédition "Framing the Arc", organisée par l’Africa School of Storytelling (AFRISOS) et The Wilderness Project dans les monts Nguru en Tanzanie, a profondément influencé ma façon d’envisager la conservation et le récit visuel. Les monts Nguru, qui font partie de la chaîne de l’Arc oriental, abritent un écosystème incroyablement riche et unique, avec de nombreuses espèces endémiques, et constituent une ressource en eau vitale pour des millions de Tanzaniens. Ce séjour m’a permis d’appréhender la conservation sous un angle beaucoup plus large. Il ne s’agissait pas seulement de documenter la faune et la flore ou de photographier de magnifiques paysages, mais aussi de comprendre la relation complexe entre la forêt, les populations qui en dépendent et l’importance de protéger les deux. Le temps passé avec les communautés locales et l’observation de leur lien avec le paysage m’ont incitée à dépasser la simple prise de vue d’images individuelles et à me concentrer sur la narration d’histoires qui reflètent la complexité de ces écosystèmes.
À une époque où nous sommes exposés à des milliers d'images chaque jour, qu'est-ce qui, selon vous, rend une photographie ou un documentaire sur la conservation véritablement mémorable?
Pour moi, une photographie ou un documentaire mémorable sur la conservation va bien au-delà de la simple mise en valeur de la beauté de la faune ou d'un paysage. Il révèle quelque chose de plus profond sur le lien entre l'homme et la nature, invitant le spectateur à s'arrêter, à réfléchir et à porter un regard neuf sur le monde. Ce sont ces histoires qui nous marquent longtemps après que nous ayons détourné le regard. En tant que conteurs, nous pouvons créer des œuvres qui ne se contentent pas de captiver l'attention un instant, mais qui inspirent la curiosité, l'empathie et des échanges enrichissants. Si une photographie ou un film incite quelqu'un à se soucier davantage du monde naturel, alors je crois qu'il a accompli quelque chose de véritablement durable.

Pour les années à venir, quels sont les sujets qui vous enthousiasment le plus ? Y a-t-il des lieux, des communautés ou des enjeux de conservation qui méritent, selon vous, une plus grande visibilité internationale?
J’ai tellement de sujets à traiter, mais un fil conducteur les unit : l’exploration du lien entre l’humain et la nature. Je souhaite continuer à documenter comment les communautés, la faune et les paysages s’influencent mutuellement, car je crois que ces liens sont essentiels à une conservation efficace. J’espère mettre en lumière des paysages sous-représentés, les communautés qui œuvrent à leur protection et les personnes dont les efforts discrets passent souvent inaperçus. Si mon travail peut aider les gens à se sentir plus proches de ces lieux et à s’y engager, alors je crois que je raconte les histoires les plus importantes.




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